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Noa's
concert in Switzerland, August 2nd |
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La Presse du 4 août 1998
Bilan du World Music Festiv’Alpe de Château-d’Œx Un festin, et le bouillon en dessert
Un concept de scène tout temps et une affiche alléchante, Noa en tête, devaient assurer le succès du concept. Mais rien n’y a fait: si les 4000 festivaliers présents ce
week-end à Château-d’Œx ont vécu un événement d’une qualité artistique xceptionnelle, il en manquait 2000 autres pour faire bouillir la marmite...
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1000 personnes seulement ont embarqué sur l’Arche de Noa
La croisière coule, faute de passagers Qualitativement, le 2e
Festiv’Alpe était au top. Financièrement, il se solde par un flop. Le festin de la World Music était épicé à souhait, mais n’a tout simplement pas attiré suffisamment de convives. Dimanche, 23h30. Les dernières notes de l’«Ave Maria» résonnent encore dans la tête, la silhouette de Noa danse toujours devant les rétines… Le festival a fini en apothéose.
3000 ENTRÉES – IL EN FALLAIT LE DOUBLE
Mais sonne l’heure de la douche froide – et la pluie n’en sera pas la seule responsable: la réalité des chiffres transforme le rêve en cauchemar. Le visage décomposé, Alain Mauer et Aldo Federici sont K.O. debout. Qui disait que les organisateurs ne paraissaient pas affectés outre mesure par la tournure des événements?
Le communiqué de presse final est clair: 800 entrées payantes vendredi, 1200 samedi, 1000 dimanche. Soit un total de 3000 bilets vendus, prélocations comprises. Et une fréquentation globale estimée à 4000 personnes, staff (150 personnes), invités (une centaine) et enfants (gratuits en dessous de 12 ans) compris.
Echaudés par une première édition qui avait fait exploser le budget, mais forts des 5500 entrées enregistrées en 1996, les organisateurs avaient fixé le seuil de rentabilité entre 5000 et 6000 billets. Le fait que le budget de 320000 fr. sera tenu (à plus ou moins 5%) n’y changera rien: l’Association du World Music Festiv’Alpe de Château-d’Œx se retrouve en manque de liquidités.
Comment expliquer pareil décalage entre les promesses – largement tenues! – de l’affiche et cette fréquentation déprimante? Première accusée: la météo. L’été en montagne, on
s’attend à des orages, moins à des jours complets de pluie et de froid. Indice supplémentaire: l’éclaircie de samedi coincide avec la plus forte fréquentation enregistrée.
Mais le concept de double scène d’Alain Schilter devait précisément parer à ce danger. Et, à
l’exception du corridor technique séparant les deux plateaux insuffisamment couvert, le système a fait ses preuves: le public a pu suivre tous les concerts dans de bonnes conditions. Le message n’a-t-il pas suffisamment passé?
Deuxième hypothèse: le manque de communication, précisément. Accaparés par la résolution du contentieux laissé par l’édition de 1996, les organisateurs n’ont pu lancer que bien tard leur campagne de promotion – par ailleurs plutôt forte cet été. Et cette carence de communication se reflétait jusque dans le staff, dont l’organigramme est resté obscur à nombre de bénévoles et responsables de stands, notamment.
Un choix de date maladroit? Un week-end férié et statistiquement bien arrosé n’explique pas pareille désaffectation pour une affiche comme celle de dimanche, qui a suscité un vif intérêt durant la période de prélocation.
Les zappeurs et la crise ont-ils tué le Festiv’Alpe? Alain Mauer admet qu’une heure de voiture pour un concert sous la pluie puisse retenir le festivalier, mais se prend la tête dans les mains lorsque il apprend que des dizaines de personnnes sont montées à Château-d’Œx, ont attendu la tournure des événements dans les bistros… et sont reparties la nuit tombée, rebutées par les 38 fr. d’entrée!
QUEL AVENIR?
«Je ne repars plus dans l’organisation d’un troisième festival sans une plus grande implication de la région, des pouvoirs publics et des sponsors privés!» lâche Alain
Mauer.
«N’y voyez pas un blâme: la région a d’autres chats à fouetter et de nombreux édiles et privés nous ont donné un coup de pouce», temporise Aldo
Federici. «Mais ça serait vraiment stupide de mettre pour rien sur pied un concept pareil, avec des gens qui en veulent
encore.»
Alors, quel sera l’avenir du Festiv’Alpe? Transplanter le concept dans un site moins risqué ou le redimensionner à la baisse à Château-d’Œx dans l’espoir qu’il trouve son rythme de croisière?
Fridolin WICHSER
Noa interprète le chant du cygne du Festiv’Alpe?
Un déluge... d’applaudissements
Le métissage et les découvertes n’auront pas été de vains concepts mis en avant par le Festiv’Alpe, puisque chaque soir réservait ses surprises et ses grands moments. Les voix corses, menées par Jacky Micaelli, ont ainsi marqué par leur émotion la fin de
l’après-midi dominicale. Poignantes sans être lancinantes, chaudes et enivrantes, ces voix se font l’instrument d’une révolte et d’une douleur à l’évocation de
l’Algérie. Plus tard, les rythmes seront dansants, soutenus par les musiciens et choristes qui entourent la mezzo soprano. Oscillant entre mélancolie et ferveur, le concert reflète la richesse musicale d’une île tourmentée.
Les Espagnols de Radio Tarifa insufflent alors un nouveau rythme, toujours aussi symbolique d’apports et d’échanges puisque le cap Tarifa est le point espagnol le plus proche de l’Afrique. Tanger est à moins de 30 kilomètres… Le mélange des instruments est lui assez étonnant, instruments à vent traditionnels se mariant bien avec une basse très présente. Le chanteur Benjamin Escoriza, en quelques gestes, parvient à faire danser les festivaliers qui obtiendront facilement deux rappels: «Il pleut» lance le leader du groupe avant de reprendre la musique: il faut savoir que l’espace entre les deux scènes n’était pas abrité!
ENVOÛTANTE PRINCESSE NOA
L’entrée en scène de Noa, la pluie torrentielle tambourinant sous un chapiteau rempli par la foule, aura marqué le début d’un moment magique, magnifique point d’orgue du Festiv’Alpe. La chanteuse, voilée, entame une lente mélopée accompagnée d’une seule guitare, dans un éclairage intimiste. Puis les projecteurs s’allument, les autres musiciens entrent en scène, Noa enlève le voile qui retient ses cheveux, écarte le tissu qui l’enserre et se révèle: envoûtante et joyeuse, elle exige du public une écoute parfaite qui viendra enfin. Un éclat soudain et violent – une fusée retardataire – et un voile de terreur assombrit son regard, interrompant la chanson. Expression dramatique d’un conflit vécu de l’intérieur par l’Israélienne de parents yéménites et ayant grandi dans le Bronx. De ce mélange des cultures et des musiques, elle chante «j’ai grandi avec toi, mes racines sont des deux côtés de la mer». Et la pluie continue de tomber: «Chaque fois que je viens en Suisse, c’est la même chose» raconte-t-elle entre deux chansons, tandis que son guitariste se voit presque gêné d’entamer sa «prière pour la pluie», une composition soliste.
Virevoltant, entamant un duo de percussions avec son batteur, la chanteuse offre alors les plus beaux remerciements pour ses musiciens, sous la forme de vocalises improvisées. Et un Ave Maria pour rappel, laissant les spectateurs sous le charme, dans leurs rêves. Noa, chant du cygne du Festiv’Alpe? Restons sur une note optimiste et rappelons que le point d’orgue a une longueur indéterminée…
Christophe Jemelin
L’émotion à fleur de peau, Jacky Micaelli explique le blues de l’Île de Beauté
«Je ne suis que l’instrument d’un moment»
L’Île de Beauté a aussi son blues. Voix ensorcelantes, mélopées mélancoliques, modulations poignantes, l’émotion à fleur de peau, Jacky Micaelli et ses compagnons de scène distillent une magie à même de captiver le moins intéressé des spectateurs.
Dimanche, l’ex-agricultrice corse et un parterre de spectateurs captivés ont partagé l’un des instants les plus intenses du Festiv’Alpe. Les yeux encore pleins d’étoiles, la chanteuse du plus beau des maquis se raconte à l’issue du concert:
– Jacky Micaelli, d’abord merci pour ce beau moment…
– Oh, c’était réciproque!
– N’est-ce pas toujours comme ça?
– En général, oui. Mais là j’ai senti des ondes vraiment positives, on donne plus dans ces conditions.
– D’où vous est venue la passion du chant?
– J’ai su tout de suite que c’était en moi. Je crois que j’ai chanté avant de parler. C’est un cri qui devait sortir. Le chant traditionnel, c’était, c’est mon blues.
– Vous êtes donc née et avez grandi en Corse. Vous avez baigné dans cette musique?
– Je suis née à Bastia. La polyphonie traditionnelle je ne l’ai découverte que plus tard, car à Bastia, la musique c’est plutôt le folklore napolitain. La polyphonie pourtant, je l’avais déjà en moi, je la connaissais avant de la découvrir. Le sang a de la mémoire et j’y crois.
– De quoi parlent vos chansons?
– De tout, de la vie, comme toutes les chansons. Les bergers corses faisaient leurs chants pour les animaux qui comptaient beaucoup à leurs yeux. Et puis il y a les chants d’amour, au travers de métaphores. Nos anciens traduisaient simplement leurs émotions. Je fais la même chose qu’eux.
– Dans les chants traditionnels corses, on sent surtout une grande mélancolie…
– Certainement. Après toutes ces guerres, ces famines, ces malheurs, des gens gais, il ne nous en reste plus beaucoup. Les chansons à boire et à danser se sont dispersées. Mais même quand je chante quelque chose de triste, je sens toujours un rythme. Je le fais ressortir car je suis quand même une femme d’aujourd’hui.
Quand je chante, il me semble que ça devient sacré et je pense que mes amis ressentent la même chose. Dès que je chante, je ne me contrôle plus, tout me parle et je ne suis plus que l’instrument d’un moment.
– Et d’où vient cette profondeur des voix, cette intensité? De l’histoire corse?
– Peut-être… La Corse est très riche, diverse et unique à la fois. On y retrouve un peu de tous les pays du monde. Je dis toujours que c’est le brouillon: Dieu, d’abord il a fait la Corse, puis après le monde…
– La musique corse est très métissée Comment vous situez-vous dans ce carrefour?
– En me reconnaissant… Dans toutes les musiques du peuple je retrouve un peu de mon pays. A l’origine, on a tous les mêmes musiques, ce sont les battements du cœur de notre mère. Alors forcément, on les reconnaît.
La musique est universelle, je le crois très fort. J’ai chanté sur du classique, du baroque, du jazz, avec des japonais, avec Higelin, avec des Suisses allemands aussi… Chaque fois on trouve une harmonie. Si on le fait avec le cœur, sans se prendre la tête, sans chercher des accords, eh bien il y a une rencontre.
– Chanter avec les autres, cela semble très important pour vous…
– C’est ça qui m’intéresse, pas regarder mon nombril! Je sais comment il est fait, je n’ai pas besoin de m’y attarder. Ce que je veux, c’est voir le nombril des autres et montrer le mien. Chaque moment comme celui que nous venons de vivre me réconforte, me conforte. Crier, méditer, c’est le vrai contexte de la musique. Elle n’est là que pour le partage.
– Tout cela doit vous faire beaucoup voyager. Qu’est.ce que vous en retirez?
– Mon rêve était de chanter un jour en Amérique. Je connaissais leur blues, ils ne connaissaient pas le mien, il fallait qu’ils l’entendent, je voulais savoir si cela prendrait là-bas. Finalement je l’ai fait, à Austin, j’ai chanté pour des Américains. Et ça a marché!
– Comment apprend-on les chants polyphoniques?
Il y a du travail, bien sûr, il porte surtout sur la maîtrise, la conscience du souffle. Pour le reste, si on chante les mots et qu’on respecte leur sens, toute la musique de la langue s’exprime d’elle-même. Le travail est seulement le polissage d’un grand plaisir. Après, il s’agit de faire des choses différentes, sans dénaturer l’origine.
– C’est ainsi que vous voyez l’avenir, une musique en évolution sur la base de vos traditions?
– Je demande simplement que Dieu m’aide et me donne l’occasion de faire ce que j’ai à faire: distribuer du bonheur!
A l’issue de l’entrevue, l’artiste se lève et rejoint en chantant ses compagnons attablés plus loin.
Propos recueillis par Flavienne WAHLI
Avec Noa, pas de message unique, juste l’envie de toucher le public
«La passion est ma façon de vivre»
Le temps de passer un grand chemisier rouge sur ses habits de scène, de signer quelques autographes à un groupe de mômes fascinés, la déesse israélienne aux allures de gazelle accepte d’échanger quelques propos avant de passer à table. Instants volés…
– Comment vous est venue l’envie de chanter?
– Je n’en ai aucune idée (rires). Je n’en sais vraiment rien. J’ai chanté toute ma vie et j’ai commencé très tôt. A l’âge de 6-7 ans je passais mon temps à chanter, enfin, surtout à composer. J’écrivais des chansons et c’étaient mes amis qui les interprétaient. En fait, je me suis toujours considérée davantage comme un compositeur que comme une chanteuse. J’aime exprimer des idées en mots, en musique. Ce n’est que par la suite que j’ai commencé à découvrir ma voix: mes professeurs, mes parents, mes amis m’ont tous encouragée à chanter.
– Et cette incroyable fougue que vous montrez sur scène?
– La passion, c’est autre chose. On naît avec, c’est une façon de vivre. J’ai un tempérament de feu comme on dit. Parfois c’est une bonne chose, d’autres fois pas vraiment. En tout cas, pour mon mari, il n’y a pas un seul moment creux! (rires)
«TOUCHER LES GENS EST UN ACCOMPLISSEMENT…»
– Qu’est-ce que vous souhaitez exprimer par vos chansons?
– J’essaie de dire quelque chose, mais je ne sais pas exactement ce que c’est! En fait, mon but n’est pas de transmettre un message unique, mais de provoquer des émotions. Parvenir simplement à toucher les gens d’une manière ou d’une autre est un véritable accomplissement. C’est ma manière d’agir sur le monde. De nos jours, les gens sont souvent seuls, devant un écran d’ordinateur ou de télévision. Même s’ils sont connectés les uns aux autres, ils ne se touchent pas et je crois que c’est une très mauvaise chose! Alors si je peux les aider à faire un petit pas les uns vers les autres, c’est tout ce que je demande… C’est ainsi que j’aime la vie, en réunissant des gens qui n’ont rien à voir les uns avec les autres.
– D’où vous vient l’inspiration?
– Surtout des mots. Quand j’écris une chanson, l’idée, les mots viennent d’abord, en général. A l’inverse, une des chansons que j’ai chantées ce soir (elle fredonne l’air en question), j’ai commencé par en écrire la musique. Le plus difficile, c’est de mettre les deux ensemble. Pour ça Gil Dor (son guitariste, directeur musical et conseiller artistique, ndlr) m’est toujours d’un précieux secours.
– Et sur scène, les danses, les percussions on voit que c’est aussi un moyen d’expression essentiel…
– Ce sont toutes mes manières de voir la vie…
Propos recueillis par Flavienne WAHLI
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